Apres la defaite de Theodore Roosevelt en 1912 pour l’instauration d’une assurance-maladie, Franklin Delano Roosevelt signa le Social Security Act, en 1935, en disant “Nous ne pourrons jamais protéger 100 % de la population contre 100 % des risques et des vicissitudes de la vie”.  Il savait que sa loi etait plus un debut qu’une fin.
Pour lui, elle constituait la premiere pierre d’un edifice qui n’est pas termine, mais en cours de construction.

Mais, presque 100 ans apres, le Congres americain a definitivement enterine la reforme du systeme de sante, jeudi, adoptant un additif au texte principal que Obama avait promulgue mardi.
Cela constitue la plus grande avancee en terme de legislation sociale depuis la " Great Society" de Lindon Johnson en 1965


Evidemment on ne peut que s'etonner en regardant les republicains tourner le dos a l’histoire et s’exclure par tactique a court terme d’une des avancees les plus decisives de la societe americaine.

Il est clair qu'aujourd'hui la reforme n’arrive pas a la cheville des systemes de sante europeens mais évite tout de meme a plus de trente millions d'americains de devoir recourir aux urgences pour acceder a un médecin.
Il n’y a pas l’ombre d’une option publique, d’une prise en charge directe par l’etat dans ce projet, ou la seule redistribution prendra la forme de subventions a ceux qui sont incapables de s’offrir une assurance privee.
Le principal affront au statut quo, et il est de taille dans ce pays, se limite a obliger les assureurs a couvrir des patients atteints de maladies preexistantes.

Pour moi la seule ombre au tableau sera qu'Obama ait du se plier au chantage d'un groupe d'opposants democrates au droit a l'avortement et a signer le decret statuant qu'aucune subvention federale ne sera verse pour l’achat d’une assurance couvrant l’avortement, sauf en cas de viol, d'inceste ou si la vie de la mere est en danger.
Sans doute un mal pour un bien car cette decision etait essentielle pour obtenir les 216 voix necessaires a l'adoption de la loi par la Chambre des representants. La reforme a ete votee par 219 voix contre 212.

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui les americains se sont reveilles dans un pays ou la loi interdit aux assureurs de priver de couverture sante un enfant sous pretexte qu’il était malade avant de souscrire leurs services !!! C'est enorme et retro-actif !!!
Un pays ou dans 4 ans, toute la population, legalement residente, devra obligatoirement etre couverte sous peine d’amende !!Cette mesure fait deja l’objet d’un recours devant la Cour Supreme par les gouverneurs de 12 Etats (republicains) au motif qu’il enfreint la liberte individuelle des citoyens, en l’occurrence la liberte de mourir aux urgences  faute d’avoir pu se payer une visite chez un médecin plus tôt !!!! (l’admission par les hopitaux dans les cas  "catastrophiques" est obligatoire depuis les annees 70.
Le recours ne devrait pas marcher, ses consequences seraient trop graves pour l’edifice meme de la reforme, mais le debat pourrait rester totalement ouvert.

En imposant a tous de prendre une assurance, le gouvernement Obama s’appuie sur un reseau prive pour creer un systeme de redistribution nationale. Les jeunes en bonne sante paieront les remboursements des plus vieux et plus malades, et un marche interne d'assureurs se chargera des populations a haut risque, les patients sans assurance souffrant de "conditions préexistantes".

La surprise principale, depuis la signature de la loi, est le revirement des assurances privees.
Après avoir soutenu (voire fomente), les manifs contre le "Obamacare", elles admettent en coulisse les avantages du système; 32 millions de nouveaux assures, dont beaucoup contribueront a ameliorer leurs comptes.

Autre étonnement : les republicains savent maintenant que beaucoup des effets positifs de la reforme seront deja sensibles avant les elections au Congres de novembre prochain, et les sondages ont deja enregistre une remontee des opinions favorables a la reforme.
Et maintenant, les republicains, inquiets d’apparaitre comme des obstructionnistes insensibles, simples spectateurs de la transformation du pays, commence a changer : Les prochaines reformes, sur la reglementation financiere, ou la refonte de la politique d’enseignement public lancee par Bush commencent a interesser une frange republicaine du Congres.

Quoi qu'il en soit, comme a dit le vice president Joe Biden, apparement le roi de la gaffe, a la fin du discours d'Obama, croyant que le micro était coupe : "This is a big fucking  deal !"

Allez salut maintenant

Neric